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Dernière modification le 24 01 2021

les moulins Christophe

le contexte historique et géographique

Carrouges est un chef-lieu de canton, un des plus grands du département de l'Orne, composé de 24 communes et limitrophe de la Mayenne et de la Sarthe.

Alençon, la préfecture se trouve à 26 kilomètres.

Cette petite ville culmine sur un promontoire, à 335 mètres au dessus du niveau de la mer.

Elle se situe au croisement de plusieurs grandes agglomérations ; ALENCON, SEES, ARGENTAN, LA FERTE-MACE.

Son exceptionnelle situation lui permît d`avoir, durant très longtemps, des foires et des marchés très fréquentés, attirant de nombreux seigneurs, marchands et paysans et jouant un rôle très important sur le plan économique.

Le chiffre de la population était élevé grâce à l'existence de nombreuses industries, les plus importantes étant la forge et le haut-fourneau.

En 1810, 150 ouvriers y travaillaient du fer en barres ; de la fonte en gueuse réputée de bonne qualité sortait de cette industrie.

La fermeture de ce haut-fourneau eut lieu dans les années 1860, suite à l'arrivée des aciers anglais.

Une autre activité pourvoyait du travail : le point de France ou broderie d'Alençon.

Cette fabrication occupait un grand nombre d`enfants, de jeunes filles et de femmes.

La rémunération était faible.

Il s`y trouvait également trois moulins à grain, une école de travail, un atelier de clouterie, un artisan, Monsieur Christophe, tourneur sur bois et fabriquant de moulins à café et à poivre, employant plusieurs ouvriers, et une tonnellerie qui occupait quelques compagnons.

En 1863, il y avait dans la commune 1830 habitants.

En 1867, SAINTE MARGUERITE qui était un quartier (malgré les 2 kilomètres qui les séparent) acquit son autonomie et devint Sainte Marguerite de Carrouges.

En 1869, il y avait 950 carrougiens, en 1890, la population était constituée de 768 habitants.

la famille Christophe

Monsieur Jean-François Christophe, né le 30 mai 1793 à Saint Martin de Carrouges, s'installa à Carrouges en 1822.

Il s`y maria avec Marie GAUTIER, née le 23 frimaire de l`an 9 à Carrouges.

De cette union naquit : Joséphine née en 1825, décédée en 1890 Honorine née en 1833, décédée en 1849, Frédérique-Jean né en 1834, décédé à la naissance, Jean-Joseph né le 8 mars 1836, date de décès inconnue.

Il est difficile de savoir s'il y a eu deux Christophe qui fabriquaient des moulins.

Une chose est sûre, Jean-François, le père et le seul fils vivant, Jean-Joseph, le plus jeune des enfants, avaient le même métier : ils étaient tourneurs sur bois.

Après de fastidieuses recherches débutées en 1992, je ne suis pas encore parvenu à reconstituer l'importance exacte de l'entreprise Christophe.

A cela il y a une raison : Jean-Joseph, né en 1836 et marié en 1863 à Almire-Marie Sellos, eut deux fils, Emile-Joseph né en 1865, journalier agricole, reste célibataire et décédé en 1898, et Albert né en 1868 dont on ne retrouve pas de date de décès á l'état civil, sans doute mort-né.

En conclusion, Jean-Joseph tourneur et constructeur disparaissant en 1883 sans laisser aucune trace ni de départ de Carrouges ni de décès, sa femme mourant dans le plus grand dénuement en 1920, ses deux fils morts jeunes et célibataires, il n'est resté aucune descendance pouvant nous aider dans nos recherches.

Il reste beaucoup de contradictions.

Dans « le livre du Pays d'Argentan ›› N°34 de mars 1937, l'auteur Xavier Rousseau (né le 29 juin 1886) mentionne «Jean Christophe que nous avons bien connu dans notre enfance ››.

Cela peut paraître étrange car les bâtiments de la fabrique et la maison d'habitation attenante (rue Saint Martin) pour lesquels Jean Christophe n'était que locataire, avaient été vendus en 1883.

Le nouveau propriétaire, Monsieur Gilles avait ouvert à la place une maréchalerie.

A quel endroit la fabrication de moulins avait-elle continué ? Elle ne s'était sûrement pas arrêtée à cette époque ? Où s`était-il de nouveau installe' ? Etait-il encore à Carrouges ? Malheureusement, faute d*archives, nous ne pouvons affirmer avec certitude ni la poursuite de cette activité, ni son lieu d'exploitation.

On ne peut qu`imaginer, grâce à cette phrase, qu'il était encore en activité à Carrouges jusqu'aux alentours de 1900 (Xavier Rousseau avait 14 ans, Jean Christophe 64 ans).

Autre contradiction, dans la Petite Géographie de l'Orne, les deux auteurs, RENAUDIN, Officier de l'instruction Publique, et CHARPENTIER, Officier d'Académie, mentionnent dans les années 1870 « Carrouges, 865 habitants ; la fabrique de moulins à café Christophe est une des plus importantes de France ››, ce que Xavier Rousseau conteste en 1937, en écrivant qu`ils ont exagéré cette situation.

les caractéristiques des moulins Christophe

Christophe est sûrement un des premiers à avoir créé un moulin à café ou à poivre totalement en bois, excepté les lamelles de l'intérieur du corps du rotor, ainsi que les huit clous en acier (4 pour la fixation de la trémie et 4 pour rendre solidaire le palier support de guidage de l'axe de la manivelle), tout l'ensemble des moulins était en bois de hêtre sauf quelques exceptions dont le rotor était en cornier, bois très dur apprécié des tourneurs.

A cette époque, le rotor était aussi appelé poire ou encore noix.

Les fabricants de moulins à sarrasin ou blé noir se sont probablement inspirés du modèle poutre Christophe ; les trémies qu'ils appelaient « bols ›› étaient beaucoup moins élégantes, celles des Christophe possédaient plusieurs filets saillants pris dans la masse.

Les parties supérieures de forme gracieuse étaient légèrement évasées vers l'extérieur, elles étaient moins épaisses, moins rigides ; la goulotte de passage des grains de café, à la base de la trémie, a une forme cylindrique aplatie, elle est déportée par rapport à Faxe du corps, ce qui est une complication pour l'exécution de ce contour après une sérieuse recherche pour faciliter la présentation des grains dans le broyeur.

Les lamelles du rotor sont axées avec un léger angle en allant vers l'arrière, dans ces lamelles deux larges gorges hélicoïdales sont fraisées de façon à faciliter l'entraînement des grains.

Dépourvu de tiroir, ces moulins étaient fabriqués pour être fixés sur une table ou un comptoir dans lesquels avait été pratiquée une lumière pour le passage de la mouture qui tombait dans un sac ou un récipient quelconque.

Le réglage de la mouture est obtenu en actionnant une vis en bois qui exerce une pression sur la contre-noix.

La manivelle est un remarquable travail de tournage, la poignée est assemblée par un laitage.

Il existe plusieurs teintes : bleu clair, mat, avec dorure genre filets épais sur la circonférence du palier avant et aussi sur la partie haute de la trémie, vert tendre, mat, avec les mêmes filets, et sang de boeuf.

Ce constructeur a su donner à ses produits une forme bien à lui, aucun autre moulin ne ressemble au "chapeau de gendarme" ni au modèle à pince.

C'était une conception originale et délicate à réaliser pour l'époque : en regardant ce moulin inutile d'en contrôler la signature, l'image parle d'elle même.

La production de ces moulins a du débuter aux environs de 1840/1845, il y aurait donc eu deux générations de Christophe pour les fabriquer.

L'arbre est horizontal, solution peu courante à cette époque en France.

Si nous recherchons dans les archives, nous trouvons, avec ce genre de dispositif, le plus ancien, appelé "patte et trompe d'éléphant", les autres sont américains, Richard DEARMAN et anglais, Archibald KENRICK, aux environs de 1800/1820.

Plusieurs constructeurs français ont utilisé ensuite les arbres horizontaux : modèle C de Peugeot en 1870, modèle A2 à volant de Peugeot en 1879 (page 111 du livre de C. Monnier), ainsi que différents modèles aux mêmes dates chez Japy, Goldenberg etc.

A la fin du 19ème siècle sont sortis de jolis modèles, en fonte également, avec de beaux décors : AC, Lauzanne, Gourdi et Lefevre, Legrain, Girard etc.

D`après les recherches, la maison Christophe n'aurait exposé que quatre fois, aux concours d'Alençon en 1855 mention honorable, 1858 médaille de bronze, 1865 et 1873 médaillés.

Un modèle portant la date d'attribution d'une médaille à une exposition était fabriqué pendant un certain temps ; si bien qu'un modèle daté de 1873, par exemple, peut avoir été fabriqué en 1874 ou même en 1880.

Nous ne possédons aucune archive à ce jour.

Certains moulins identiques ont un numéro ou un chiffre différent en bout de l'arbre et sur la manivelle, ces repères devaient servir pour les assemblages.

Les couvercles en bois tourné sur certains moulins ne sont pas d'origine tout comme le bloc faisant office de tiroir sous la semelle. Ce sont des accessoires ajoutés par l'un des propriétaires précédents.

Tentative de quantication de la production Christophe

J. Christophe n'a jamais conçu de moulin de ménage, mais uniquement de grosses pièces pour épiceries, restaurants, collectivités et communautés.

C'est pourquoi AWO considère comme messieurs RENAUDIN et CHARPENTIER que la fabrique Christophe était l'une des plus importantes de France (fait pourtant contesté 65 ou 70 ans plus tard par Xavier ROUSSEAU).

Dans le livre de C. Monnier, concernant les moulins PEUGEOT, à la page 6, nous remarquons sur le cahier de fabrication de 1858 "moulins fonte 281 pièces en un modèle et trois tailles".

A combien pouvons-nous évaluer le nombre de moulins exécutés par Christophe pendant les mêmes années, en tenant compte qu'il n'y avait pas de semaine anglaise, ni de congés payés ? En prenant le livre de André GAUCHERON comme référence, à la page 24, Roger HAMON, constructeur de moulin à blé noir à PLEUGUENEUC, produisait, en travaillant seul, deux à trois moulins par jour, mais de façon irrégulière, parce qu`il préparait les éléments à l`avance, par petites séries.

Christophe, d'après Xavier ROUSSEAU, n'avait d'autres ouvriers que sa soeur et ses deux fils, ce qui faisait quatre personnes à travailler dans cet atelier.

Nous pouvons penser que la production annuelle des moulins de Carrouges tournait aux environs de 480 à 500 pièces.

C'est là que nous rejoignons les écrits contenus dans la Petite Géographie de l'Orne.

En comparaison avec PEUGEOT, Christophe pouvait prétendre, à cette époque, et en France, être un des grands manufacturiers de moulins à café de comptoir (ou semi-industriel).

Difficile d'expliquer la présence, dans l'atelier, de sa soeur et de ses deux fils ; les fils de qui ? Pas de Jean-Joseph Christophe, le seul fils vivant étant joumalier agricole ; ni de sa soeur, elle n'était pas mariée, peut-être était-elle mère célibataire, pourtant à l'état-civil, il n'y a pas d'autre Christophe.

Classification des moulins Christophe

Pour faciliter les comparaisons, AWO propose de faire un classement propre à l'Association ; cette liste sera complétée après chaque découverte d`un moulin de forme ou de cotes différentes de celles déjà mentionnées.

Il ne faut pas trop vouloir prendre en compte les petites disparités dans les dimensions transmises par les collectionneurs, pour exécuter un classement des tailles différentes ; exemple, chez la même personne déclarant trois "chapeaux de gendarme", nous trouvons des trémies de 205 - 213 - 215 mm de diamètre, des semelles ayant de 2 à 6 mm d'écart en longueur - ce sont souvent sur les trémies et les semelles que se trouvent les différences, les autres dimensions étant souvent plus proches - dans l'exemple cité, je ne pense pas qu'il s`agisse de 3 modèles différents.

Ces moulins ont été confectionnés en série avec des gabarits et des montages, les écarts peuvent venir de restaurations même anciennes, les plus courantes étant les manivelles (perdues ou cassées), les trémies (fendues ou avec des éclats), les semelles ayant subi des chocs aux extrémités (amputations de 5 à 7 mm pour redonner un aspect plus sain). De plus le bois a travaillé, et si la trémie était circulaire à l'origine, elle s'est ovalisée avec le temps, l'écart peut dépasser un cm.

C'est pourquoi il y aura une dimension mini et maxi par repère dans le tableau, exprimée, comme les constructeurs, en millimètres.

La grande majorité des moulins Christophe peut se classer selon 3 type de modèles :

  • à poutre,
  • à pince, avec le socle qui peut être rectangulaire, ou rectangulaire avec le coté opposé à la pince demi circulaire,
  • chapeau de gendarme, avec une variante postérieure à 1875, à bords droits plutôt qu'arrondis.

Le modèle le plus courant est le "chapeau de gendarme" type U. Selon certains, il y aurait eu un modèle poutre intermédiaire qui pourrait porter le type N.

Il existerait également un modèle à pince de forte taille.

Il existe d'autres modèles :

  • un mural aurait été vu dans les années 1950 dans un débit de boisson à Carrouges ; c'était sans doute d`une commande spéciale, ou l'assemblage d'un modèle standard transformé et adapté à la demande,
  • un moulin sur pieds tournés dont les côtés de la semelle ont une forme demi circulaire.

Les signatures

Il existe plusieurs vairantes :

  • J. Christophe Sainte Marguerite de Carrouges,
  • J. Christophe Carrouges Orne, exposition d'Alençon 1858 - mention honorable -
  • J. Christophe Carrouges, Orne; exp d'Alençon 1865 médaillés
  • J. Christophe à St Marguerite de Carrouges Orne, exposition d'Alençon 1873 - médaillés -
  • J. Christophe Carrouges, Orne; exp d'Alençon 1873 médaillés
  • J. Christophe Carrouges, Orne; exp d'Alençon 1875 médaillés
  • à compléter

Bibliographie - références

Ce texte et ce qui suit, est une reprise de l'article rédigé par André WOLJUNG (AWO) en 1998 et publié dans le bulletin de l'Aicmc qui s'appuie sur les documents ci-après :

André GAUCHERON [al Moulin: A Blé Noir del Paysan: Breton: - ROUïAU le Livre du Pay: d'Argentan n' 34 Mun 1937 - Auteur Xavier

modèles à poutre pour café ou poivre
taille (mm) 000 1 2 3 4
Ø trémie -- -- -+
lg semelle -- -- -+
lg manivelle -- -- -+

modèles à pince
taille (mm) 000 1 2 3 4
Ø trémie 140170 180200 210+
lg semelle 310330 375370 390+
lg manivelle 220270 345330 360+

modèles chapeau de gendarme pour café ou poivre
taille (mm) 000 1 2 3 4
Ø trémie -- -205 -220
lg semelle -- -390 -400
lg manivelle -- -400 -400

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modèles à poutre pour café, poivre ou sarrazin
Moulin à poutre. Sainte Marguerite de Carrouges
moulin à sarrazin garanti - exposition d'Alençon 1873 - médaillés - à St Marguerite de Carrouges Orne
moulin à poivre vert - 240 mm x 230 mm Alençon 1873

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modèles à pince
moulin à café modéle à pince, bord opposé droit
modéle à pince Médailé à l'exposition d'Alençon 1865.
longueur 310 mm hauteur 150 mm, trémie 140 mm peinture d'origine, bord opposé à la pince arrondi

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modèles chapeau de gendarme à café
moulin à poivre. Exposition d'Alençon 1858 mention honorable ; Couleur verte d'origine
modéle à café chapeau de gendarme
moulin à café vert exposition d'Alençon 1873 médaillés
J. Christophe Carrouges Orne M. a. café garanti vert
Exposittion 1873 Sainte Marguerite de Carrouges Orne

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modèles chapeau de gendarme à poivre
modéle X à poivre

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autres modèles
M. a cafe garanti Exposition d'Alençon 1858 mention honorable
Moulin à café Exp Alençon 1875

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Le journal de La Ferté Macé, commune voisine d'Alençon, du Dimanche 16 mars 1873 fournit le réglement de l'organisation de l'exposition de 1873 à Alençon à laquelle participa J. Christophe, qui reçut à cette occasion une distinction pour ses produits.

organisation de l'exposition de 1873